Le portrait de Clément Payet Cartographe Réunionnais - La Plaine des Cartes
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Clément Payet, cartographe de La Réunion
À 32 ans, Clément Payet s’impose comme une figure singulière de la cartographie appliquée à La Réunion. Géographe-urbaniste, cartographe et geodata-analyst, il développe depuis plusieurs années un travail approfondi autour des données territoriales, de l’aménagement, des risques et de l’environnement. Son projet personnel, La Plaine des Cartes, est devenu un espace de référence pour comprendre et lire autrement le territoire réunionnais.
Un parcours académique ancré dans le territoire
Originaire du Tampon, avec des attaches familiales à Cilaos, Clément Payet débute son parcours par un baccalauréat ES avant de s’orienter vers la géographie à l’Université de La Réunion. Il y suit une licence Géographie – Géomorphologie, formation fondatrice qui lui permet d’appréhender très tôt les spécificités du relief réunionnais, les dynamiques volcaniques et les contraintes naturelles propres aux territoires insulaires.
Il poursuit ensuite en métropole avec une licence Géographie – Aménagement à l’Université de Montpellier, puis un master Aménagement – Urbanisme à l’École d’Urbanisme de Paris. Ce parcours marque un changement d’échelle, passant du territoire observé au territoire planifié et pensé à travers les politiques publiques.
Son cursus se complète par un mastère spécialisé Agro-environnement à AgroParisTech, puis par un diplôme d’établissement en systèmes d’information géographique et métiers de l’eau à l’ENGEES et à l’ENSG. Ces formations renforcent définitivement la place de la donnée spatiale et de l’analyse territoriale dans sa pratique.
À cela s’ajoutent de nombreuses formations transversales en climat, ingénierie écologique, rénovation énergétique, gestion de l’eau, géopolitique et géostratégie de l’énergie à l’IRIS Sup Paris, ainsi qu’en météorologie.
Du terrain à la donnée, une approche complète de l’urbanisme
Tout au long de son parcours, Clément Payet confronte la théorie au terrain à travers plusieurs stages, notamment à la Maison des Volcans, au Département de La Réunion et à l’Agence nationale de la cohésion des territoires. Il effectue également une alternance en agence d’urbanisme et d’architecture.
Sur le plan professionnel, il exerce ensuite comme chargé de mission urbanisme et paysage, notamment au sein du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne, avant d’occuper des fonctions de chargé d’affaires en urbanisme et environnement, puis de responsable de pôle développement foncier et énergie. Cette trajectoire explique la cohérence de ses thématiques cartographiques, centrées sur les risques naturels, l’énergie, l’environnement, les mobilités et les systèmes territoriaux.
La Plaine des Cartes, un clin d’œil réunionnais et une démarche cartographique
Le nom La Plaine des Cartes est un jeu de mots assumé et un clin d’œil direct à la Plaine des Cafres, territoire emblématique des Hauts de La Réunion. Là où la Plaine des Cafres est un espace agricole et volcanique que l’on parcourt physiquement, La Plaine des Cartes devient un espace intellectuel d’exploration du territoire à travers les données et la représentation cartographique.
La Plaine des Cartes n’est pas une simple galerie de cartes. C’est un laboratoire cartographique structuré, documenté et rigoureux, où chaque production repose sur des sources identifiées et une méthodologie assumée.
Cartographier les systèmes, l’exemple de la canne à sucre
Parmi ses cartes les plus emblématiques figure celle consacrée à l’écosystème de la canne à sucre à La Réunion. Cette cartographie dépasse largement la simple localisation des champs ou des usines. Elle représente l’ensemble du système, depuis la production agricole jusqu’à la transformation industrielle, en intégrant les enjeux énergétiques liés à la bagasse, les distilleries, la logistique, le patrimoine, le tourisme, les institutions et la recherche.
Cette approche illustre sa manière de penser le territoire comme un système complexe où économie, culture et environnement sont étroitement liés.
Cartographier les usages du quotidien réunionnais
À l’opposé apparent, mais dans une logique cohérente, Clément Payet cartographie également des usages populaires et ancrés dans le quotidien, comme la carte des snack-bars proposant des pains américains la nuit à La Réunion. Derrière une thématique accessible se dessine une lecture fine des centralités nocturnes, des mobilités et des modes de vie locaux.
La cartographie devient ici un outil sociologique, capable de révéler des dynamiques territoriales souvent peu visibles.
Reliefs, risques et territoires volcaniques
Le relief réunionnais occupe une place centrale dans son travail. Les cartes de la Plaine des Sables, les représentations tridimensionnelles du relief ou encore les jeux de cartes dédiés aux risques naturels montrent une maîtrise avancée des données topographiques.
La 3D n’est jamais utilisée à des fins décoratives. Elle sert à comprendre les pentes, les altitudes, les contraintes volcaniques et les zones à risque, essentielles pour appréhender un territoire insulaire marqué par le volcanisme.
Cartographier l’incertitude et les phénomènes complexes
Certaines productions explorent des champs plus inattendus, comme la cartographie des phénomènes lumineux observés dans le ciel réunionnais à partir des données du GEIPAN. Sources citées, classifications claires et précautions méthodologiques permettent ici de représenter l’incertitude sans la déformer.
Cette posture critique est constante dans son travail. La carte ne prétend jamais dire toute la vérité, mais propose une lecture contextualisée de la donnée.
Mobilités, embouteillages et lecture critique des données
La carte des embouteillages à La Réunion par temps cumulés, réalisée à partir de données issues de Waze, est accompagnée d’une note méthodologique détaillée. Elle rappelle que toute carte dépend de ses sources et que les chiffres doivent toujours être interprétés avec prudence.
Ce travail illustre sa volonté de rendre lisible la donnée tout en en montrant les limites.
Relier La Réunion aux dynamiques mondiales
Avec la carte des voyages des baleines à bosse autour de La Réunion, Clément Payet replace l’île dans des dynamiques océaniques globales. La cartographie devient alors un outil de mise en perspective, montrant que La Réunion est un point d’ancrage dans des flux naturels mondiaux.
Une méthode assumée et partagée
À travers le 30DayMapChallenge, Clément Payet documente également son processus de création cartographique, depuis la collecte des données jusqu’à la mise en forme finale. Cette transparence participe à la dimension pédagogique de La Plaine des Cartes et à la diffusion d’une culture cartographique exigeante.
La Plaine des Cartes, une référence cartographique réunionnaise
Aujourd’hui, La Plaine des Cartes s’impose comme un projet unique à La Réunion, à la fois scientifique, pédagogique, créatif et profondément ancré dans le territoire. Carte après carte, Clément Payet propose une autre manière de lire l’île, de comprendre ses enjeux et de raconter ses réalités territoriales.

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